Raphaël Passaquet est sans doute le premier avec son Ensemble à avoir exhumé cette musique il y a presque quarante ans. Il l’a fait avec tant de bonheur que cet enregistrement a gardé toute sa fraîcheur et reste, aujourd’hui, une référence. Nous avons souhaité que cette référence ne tombe pas dans l’oubli, elle qui n’avait même pas été publiée en compact-disc.
Les Sacrae Lectiones novem ex Propheta Job de Roland de Lassus furent imprimées en 1565, à
Venise. Il dirigeait alors à Munich la chapelle du duc Albert V de Bavière. Elle daterait de 1555-1556 et peut-être même de 1554.
C'est donc une œuvre de la prime jeunesse du compositeur puisqu’il avait alors vingt-trois ans. Il avait à la même époque donné une preuve supplémentaire de sa précocité avec un autre cycle non moins remarquable, celui des Prophetiæ Sibyllarum
Pourquoi Job a-t-il composé cette œuvre ?
Job est évidemment une figure annonciatrice du Christ et de son épreuve, la Passion, passage par lasouffrance et la mort. C'est pourquoi l'Eglise fait lecture de ces textes pendant l'office des Matines du Jour des morts, jour de la commémoration des fidèles défunts.
C'est sans doute pour cela, au-delà du fait que Job était considéré comme un des patrons des musiciens, que Roland de Lassus a composé cette musique sur ce texte.
Il semble qu'il ait senti, peu après la mort de sa mère, le besoin d’exprimer lui aussi ses propres plaintes avec cette œuvre qui devrait être alors considérée comme son dernier monument filial. Il l'a donc fait dans une optique liturgique où la musique est au service du texte, où chaque inflexionmélodique est une illustration du sens du texte, dans lacomplexité même de la polyphonie.