BEETHOVEN:
Piano Sonata No.7
CHOPIN:
Piano Sonata No.3; Mazurka Op.56 No.1
LYADOV:
Variations on a theme by Glinka
Prelude Op.11 No.1
RACHMANINOFF:
Barcarole Op.10 No.3
A. RUBINSTEIN:
Impromptu Op.16 No.1
Prelude Op.75 No.9; Melancolie
SCHUBERT:
Moments Musicaux
SCHUMANN:
Dichterliebe; Kreisleriana
SCRIABINE
Poem Op.32 No.1; Mazurka Op.25 No.7
TCHAÏKOVSKI
Lullaby; Aveu Passionné
Grand Sonata for Piano
Les Saisons; Rêverie du soir
Pezzo elegiaco
WELTE-MIGNON PIANO ROLLS
RACHMANINOFF:
Preludes Op.23 No.1 & No.6
SCRIABINE:
Andante from Sonata No.2 Op.19
BRAHMS:
Intermezzo from 6 Klavierstücke
ARENSKY:
Allegro moderato from By the Sea
֎
Enregistrements :
1910/1935/1939/1941/1946/1947
֎
Ivan Kozlovsky, ténor
David Oistrakh, violon
Sviatoslav Knushevitsky, violoncelle
L’hommage le plus complet rendu à Konstantin Igumnov ; sans doute le plus bel exemple de son style d’interprétation si particulier et intimiste. Il semble dialoguer avec chaque auditeur.
Cette collection est particulièrement précieuse car, toute sa vie, il a refusé les microphones des studios d'enregistrement, convaincu que ce procédé étouffait la spontanéité et l'inspiration. D'où la rareté des enregistrements ; nous avons également inclus cinq des six rouleaux de piano qu'il a réalisés pour Welte-Mignon.
« Igumnov, pianiste, est un phénomène absolument exceptionnel… » déclarait le recteur du Conservatoire de Moscou en 1933. « Son piano chante comme celui de rares grands pianistes d'aujourd'hui. »
Parmi ses élèves, on compte Jakov Flier, Maria Grinberg, Bella Davidovich, Lev Oborin et Yakov Milstein, qui affirmait : « Rares sont ceux qui peuvent rivaliser avec Igumnov en matière de beauté sonore. »
Bien qu'il n'ait pas connu la même renommée internationale que certains de ses contemporains, sa carrière démontre que l'héritage musical ne se mesure pas uniquement à la célébrité ou à la virtuosité, et son influence en Russie est profonde.
Melodiya avait fait le travail, regroupant dans un coffret de quatre microsillons le peu de disques que Konstantin Igumnov grava, augmentés de rares prises de concert, objet alors quasi introuvable hors de Moscou et de Saint-Pétersbourg. Pas la totalité de ses enregistrements pourtant. Y manquaient les Dichterliebe avec Ivan Kozlovski, irrésistibles, même et aussi surtout parce qu’en russe, et puis les Suites de Rachmaninoff avec Grigory Ginzburg.
Scribendum offre ici Dichterliebe, sublimes dans leur singularité même, et qui disent beaucoup de l’art d’Igumnov : pas celui d’un maître sévère, mais d’un tout grand pianiste qui sait ne pas nuire à son chanteur, et l’inspire, lui donne du souffle, de la tenue. Magnifique. Hélas, vous n’aurez pas les Suites de Rachmaninoff – qui sait ?, peut-être Scribendum prépare-t-il un coffret Grigory Ginzburg.
Mais revenons à Igumnov. Fondateur, il le fut, au moment où le piano russe impérial, pour ce que cela peut signifier, avait sombré avec l’époque glorieuse des pétrisseurs d’ivoire. Igumnov jeune homme était de la race des virtuoses, pour vous en convaincre écoutez avec quel feu il emporte l’intrada des Kreisleriana, Sofronitzki s’en souviendra ! Mais prenant l’une des classes du Conservatoire de Moscou en 1899, et y restant jusqu’à sa mort à la barbe de Staline, même déménagé à Erevan pour éviter la percée nazie, il fit simplement entrer le piano russe dans l’ère moderne, en lui évitant toute soviétisation, à l’égal d’Heinrich Neuhaus.
Il se souvenait des enseignements de Pabst, de Siloti, tout ce qu’il fallait pour se faire des doigts de poète et d’athlète en même temps, et dont on entend l’art vocal, le déploiement des couleurs à l’écoute du disque de pièce brèves glanées au long de deux concerts moscovites donnés en 1946 puis l’année précédant sa mort, mais il se pensait et se voulait en classique : écoutez sa Troisième Sonate de Chopin, impeccable, ou tout l’orchestre qu’il déploie dans la Septième Sonate de Beethoven !
Sans cesse je reviens à ses Kreisleriana, ma version favorite avec celles de Sofronitzki et d’Horowitz ; Igumnov les enregistra sur un piano modeste, en 1941, probablement à Erevan, mais comme ce clavier chante et rugit, comme tout Hoffmann en émane, quel art fulgure ici, signe d’un tout grand artiste que Scribendum nous rend, et jusqu’à ses Welte-Mignon !
- Artamag'