Le concours comportait deux phases éliminatoires et une finale réunissant douze pianistes. Le pianiste italien Maurizio Pollini remporta le premier prix. Arthur Rubinstein, président d'honneur du jury, déclara : « Ce garçon joue du piano mieux que n'importe lequel d'entre nous. »
Un jeune homme : la photographie qui ouvre le livret montre le long visage ovale de Maurizio Pollini, absorbé par ce qu’il joue. On est en 1960, à dix-huit ans le jeune Milanais, outre qu’il remportait le Concours Chopin, changeait la donne.L’Impromptu qui ouvre le premier disque regroupant l’ensemble des épreuves fait entendre une science des voix, un jeu versicolore, et une liberté de tempos qui n’est pourtant pas en mode rubato : ce clavier parle, les dix doigts rayonnent ou caressent une écriture plus polyphonique qu’on ne le croit.
Secrets de cet art, une maîtrise du jeu de pédale bluffant qui rend claires les Etudes, la Sonate « Funèbre » – Finale insensé –, les Mazurkas soudain autant poèmes que danses, et puis une main gauche impériale qui rugit dans une Polonaise en fa dièse mineur où elle se retient tout juste de faire imploser le grand meuble.
Fabuleux, pour l’élan, le caractère, la maîtrise, aussi tout du long du Premier Concerto qu’on comparera avec la version en studio gravée dans la foulée du Concours pour His Master’s Voice avec Paul Kletzki et le Philharmonia Orchestra.
Toujours ardent, jamais virtuose, le jeune homme détestait déjà l’esbrouffe, d’ailleurs d’emblée son Chopin se débarrassait d’une certaine tradition, il le jouait du XXe siècle et pour le XXe siècle, écoutez seulement comme il épure le Nocturne en ut mineur, faisant sa tempête quasi abstraite.
Un nouveau monde Chopin s’imposait, lui octroyant les lauriers, on en prend ici toute la mesure, Deutsche Grammophon n’ayant eu licence que pour la publication d’une pincée de pièces, le disque vient d’être réédité avec sa couverture originale dans l’édition intégrale des enregistrements du pianiste italien pour le label jaune