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Monteverdi / Les Vêpres de la Vierge / Jean Tubéry, La Fenice

LIDI0202335

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Les Vêpres de la Vierge

La Maîtrise de Reims

direction : Sandrine Lebec

 

Ensemble La Fenice

Cornet et direction : Jean Tubéry

LIVRE-DISQUE 2 CD + 1 DVD

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793 Produits

18,00 € TTC

Fiche technique

SupportCD,DVD

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Témoin en hommage du passé et œuvre visionnaire en son temps, le regard porté tel une tête de Janus en arrière et en avant, les Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi se sont imposées, au fil des années de redécouverte de la musique ancienne, en tant que chef-d’œuvre phare du répertoire sacré du primo seicento ou premier baroque.

Considérées à présent et à juste titre comme un monument incontournable de l’histoire de la musique, elles ont de ce fait conféré au nom de leur créateur la même notoriété " planétaire " que celles des Purcell, Haendel, Bach ou Vivaldi... qui ont délimité à eux seuls l’espace géographique et temporel de la musique dite baroque, telle que médiatisée auprès du grand public de nos jours.

La contrepartie de cette célébrité fut parfois, il est vrai, au détriment de chefs-d’œuvre ou de compositeurs non moins légitimes en leur temps, notamment de part et d'autre de l'axe Italie-Allemagne-Angleterre, resté pourtant dans l’ombre de ces figures de proue dont on fit au fil du temps les « bustes de grands compositeurs »... par les aléas de la capricieuse évolution du goût esthétique à travers les époques.

 

Mais qu’ont-elles de plus, ces fameuses Vêpres, pour avoir traversé plus de quatre siècles sans prendre une ride, à l’image d’une Gioconda qui vient à peine d'esquisser un sourire ?...

Tout d’abord, l’œuvre se dresse en véritable monument architectural, ayant été conçue à son origine en tant que tel : il s’agit en effet du premier recueil de vêpres agencé dans son ordre liturgique, avec son alternance de psaumes, antiennes, hymne et Magnificat, à une époque où les maîtres de chapelle reconstituaient l’office musical à partir de pièces issues de différentes collections dues à différents compositeurs, d’une qualité de facture disparate voire hétérogène ...

 

Claudio Monteverdi publie son œuvre en 1610, après cinq premiers livres de madrigaux et une «fable en musique» aux touches autobiographiques du nom d'Orfeo , qui lui confère à l’âge de 43 ans la réputation de compositore moderno, décrié par ses contemporains archaïsants (Artusi) et prisé par les princes-mécènes de la Péninsule.

Il est alors engagé et protégé par le duc et sa cour de Mantoue, puis convoité par la République de Venise, où il va devenir, trois années seulement après la publication de ses Vesperae, maestro di capella di San Marco.

Sa musique arrive encore aux oreilles de sa Sainteté le pape Paul V, auquel il dédie ce même recueil de « Messe & Vêpres à la Vierge accommodée pour les sanctuaires et la chambre des princes ». Véritable offrande musicale avant la lettre, il y fait montre de sa maîtrise de tous les genres et styles musicaux, anciens et modernes (qu'il qualifie de première et seconde pratique), à même de convaincre toute l’Italie de sa faconde créatrice, sinon de son génie musical.

Ainsi, l’œuvre s’érige-t-elle à l’image d’une cathédrale gothique : occultant par ses dimensions et sa complexité la chapelle romane adjacente sur laquelle elle fut jadis construite (tel le cantus firmus grégorien, sur lequel l'œuvre est entièrement écrite, ornée de ses figures rhétoriques modernes), transformant la lecture polyphonique des textes sacrés séculaires, à l’image de la lumière qui se métamorphose au contact des vitraux polychromes.

A l'instar d'une cathédrale, on peut la voir et l’admirer de l’extérieur, dans son imposante carrure, et ses harmonieuses proportions ; on peut aussi s’approcher du tympan, et se rendre compte alors que la pierre / matière sonore est non seulement ciselée, mais également figurative... S’interrogeant sur le pourquoi de cette figuration, on s’apercevra qu’elle est en fait narrative : on y parle d’un Ancien et d’un Nouveau Testament, des psaumes de David ou de Cantique des Cantiques, dont l’artisan–créateur nous livre une lecture à travers son art.

On peut alors s’arrêter au pas de la porte, s’en tenir à une vision d’ensemble rassurante, à peine dérouté par quelques questions auxquelles on n’aura pas su répondre... On gagnera pourtant à en franchir le pas, pénétrer dans le sombre édifice où l'on s'accommodera bientôt d'une autre luminosité, plus propice à l'éventuelle perception d'une sainte lumière ... On pourra alors considérer l'édifice intérieur dans toutes ses dimensions, en évaluer l’agencement des différentes parties, discerner l’ornemental du fondamental, le redécouvrir sous un autre angle de vue : le retrouver encore à un autre moment de la journée, par une autre luminosité ; le quitter enfin, pour y revenir d'autant plus souvent, l’œil et l’esprit aiguisés par le désir de voir et revoir, d'entendre et d'entendre...

Il en est ainsi avec les Vêpres de Monteverdi alias Il Vespro del Monteverde. Leur beauté est unanimement connue et reconnue, elles nous charment et enchantent dès le premier abord, et cependant ,mieux on les connaît, de l’extérieur – en tant qu' auditeur – comme de l’intérieur – en tant que musicien –, plus elles nous parlent, et mieux on les comprend, à l’image de tout chef-d’œuvre, toutes disciplines artistiques confondues.

 

Et pourtant, qu’en sait-on, au juste, de cette œuvre d'un maître de chapelle alors happé par sa fonction, devenue œuvre d'art de l'humanité résistant à des siècles d'érosion ?... Qu’en a-t-on fait en leur temps, et qu’en fait-on de nos jours ?

Telle qu'elle nous est parvenue, la partition, cette notation suggestive et incomplète, nous pose à chaque pas dans l'édifice des questions auxquelles chaque interprète se doit de répondre, en tant que traducteur d’une écriture muette en une expression sonore : chacun y apportera une réponse personnelle en fonction de sa pratique bien sûr, mais encore de sa connaissance de l’œuvre, du langage musical, du contexte historique, liturgique et artistique.

La liste de ces interrogations serait sans doute trop longue à énumérer; parmi les questions récurrentes se pose celle de l’interprétation  « à un par voix » (soliste) ou en ensemble (chœur), celle du choix et de l’utilisation de l’instrument, en doublure des voix ou au sein de la basse continue, de la transparence de la polyphonie et de sa spatialisation, de la polychoralité et de la polyrythmie, de l’intégration du plain-chant et, le cas échéant, de la liturgie, des transpositions tacites de certaines pièces dans tel ou tel ton, de l’ornementation écrite et/ou improvisée du chanteur et de l’instrumentiste, de la prosodie et déclamation des faux-bourdons (écriture homophone dont le rythme n’est pas noté), de l’agencement des antiennes (non inclues dans la partition car sujettes aux différentes fêtes liturgiques) auprès des psaumes et des « concerti » (pièces solistiques écrites dans le Stil moderno ), du rôle du cantus firmus, véritable pierre angulaire de l’édifice sonore, des tempi et proportions rythmiques dans une notation qui n’est plus la nôtre, du rapport sonore entre voix et instruments, de la place du trinitaire Duo Seraphim dans une liturgie mariale, de l’option mantouane, vénitienne ou romaine du contexte de création historique...

Liste non exhaustive s’il en est !

 

La version que nous ferons entendre n’a aucunement pour but d’apporter une réponse définitive à ces questions, ni à bien d’autres encore, mais tout au plus des réponses plausibles, quand la différence de contexte par rapport aux versions contemporaines du compositeur impose des solutions non ou peu historiques, dans une recherche d'authenticité de l'esprit et non de la lettre. Nous aurons même le plaisir d’entendre des femmes chanter ou jouer d’un instrument, ce que Monteverdi n’a sans doute pas eu la possibilité d’entendre de son vivant... dans le cadre de ses Vêpres données pour l'église catholique dans l'Italie du XVIIème siècle... Notre but in fine sera de communiquer le plaisir toujours renouvelé du musicien, qui côtoie cette œuvre et la redécouvre avec un bonheur et une fraîcheur toujours déconcertante, qu'il s'agisse de la deuxième ou de la centième fois (voire bien au-delà ...) qu'il les donne en public !

 

Franchissez avec nous le pas de la porte du sanctuaire sonore, accommodez-vous (ad sacellas accomodata...) et laissez vous guider : vous reviendrez alors à Vêpres ... dès que le loisir vous en sera donné !