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MARIAM BATSASHVILI, piano

COBRA0056

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Early Transcriptions

Marcello/Bach : Concerto BWV974

HaendelLiszt : Sarabande et Chaconne tirées de l’opéra Almira, S181

Bach/Busoni : Chaconne

Mozart/Liszt/Howard : Fantaisie sur des thèmes des Noces de Figaro et Don Giovanni

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Débarrassons-nous vite des réserves, qui sont mineures et ne portent que sur certaines des œuvres inscrites à ce beau programme de transcriptions : difficile au piano de restituer toute l’âme du hautbois, en dépit des ornementations dont Bach a paré le concerto de Marcello. Difficile aussi ne pas juger un peu passée de mode une pyrotechnie qui valorise davantage Liszt que Mozart même si cette quasi-improvisation sur des thèmes des Noces et de Don Juan, astucieusement intriqués, a son charme. Mais il y a la Chaconne, en majesté sous les doigts de la jeune géorgienne : Busoni, davantage que Brahms en a fait un pont entre la musique du passé et celle de l’avenir. Et, trop rarement enregistrée, celle de cher Haendel accompagnée de sa Sarabande, le tout servi sur un plateau d’argent par une pianiste – pardon, une musicienne – absolument exceptionnelle. Scotchant ! Y.K.

Nous avons rencontré Mariam lors de son passage à la Philharmonie de Paris, le dimanche 16 janvier 2017

Maryam, d’où est venue l’idée de dédier votre tout premier CD à un programme de transcriptions ?

C’est celle du Directeur du Concours de piano Franz Liszt d’Utrecht que j’ai remporté il y a deux ans mais j’y ai tout de suite adhéré car j’adore les transcriptions : on a pour ainsi dire deux compositeurs pour le prix d’un ! Je plaisante à peine. Par exemple, la Chaconne de Bach/Busoni est incontestablement du très grand Bach mais c’est au départ une pièce pur violon seul. Busoni y a ajouté beaucoup de lui-même pour que cela sonne aussi magnifiquement au piano !

 

C’est une très belle idée mais que vous a encore apporté votre victoire à ce concours ?

Cela m’a permis de voyager tout de suite dans une trentaine de pays, ce qui m’a mis le pied à l’étrier. Dans la foulée, j’ai pu bénéficier du programme « Rising Stars » d’ECHO (European Concert Hall Organisation), qui a été créé par une vingtaine de salles de concerts à travers l’Europe. Tous les deux ans, ECHO distingue un instrumentiste. J’ai été proposée à la fois par Het Concertgebouw d’Amsterdam et par Bozar de Bruxelles et j’ai eu la chance d’être sélectionnée, ce qui m’a permis, entre autres, de donner ce récital du 15 janvier 2017 à la Philharmonie de Paris. « Contrapluma » de Mikel Urquiza, que j’ai donnée en création française, est une commande de Bozar, écrite à mon intention par le compositeur, en tant que lauréate du programme Rising Stars. Mikel Urquiza m’a beaucoup aidé à comprendre sa pièce car je ne suis pas très familière de la musique contemporaine !

 

Vous êtes à l’évidence une grande romantique !

En tous cas ma période de prédilection est celle de la musique écrite depuis le 17ème siècle jusqu’à la première moitié du 20ème.

 

Et la musique française dans tout cela ?

Je joue un peu Debussy et Ravel, bien sûr. En ce moment je découvre Mel Bonis dans le cadre d’un projet que je vais réaliser à Toulouse.

 

Jouez-vous aussi la musique de votre pays, la Géorgie ?

Je l’ai beaucoup jouée autrefois, pendant mes années de formation Mais le concours Franz Liszt m’a amené à me concentrer presque exclusivement sur ce compositeur. Cela peut paraître réducteur mais, en fait, ça a énormément contribué à mon développement. On aurait tort de considérer sa musique uniquement comme de la « belle musique romantique ». C’est une musique d’une grande profondeur qui, si l’on s’en pénètre bien, vous fait grandir.

 

Votre répertoire, qui comprend plus de 80 œuvres, pour l’essentiel en musique baroque et romantique, est considérable pour une si jeune interprète. Seriez-vous en mesure d’interpréter tous ces concertos ou ces pièces solistes à la demande ?

Disons que j’ai dans les doigts environ 4 à 5 heures de ce répertoire. Pour jouer le reste, il me faudrait naturellement un petit rafraichissement mais sous un mois ce serait tout à fait possible car ce sont toutes de œuvres que j’ai déjà interprétées plusieurs fois.

 

La musique de chambre semble en être à peu près absente. Est-ce temporaire ?

C’est effectivement un domaine que je n’ai pas beaucoup exploré, sans doute parce que je n’ai pas encore rencontré les partenaires qui m’en donneraient envie… Je n’en fais que dans le cadre de la formation que je poursuis à Weimar.

 

Quel est le Liszt qui parle le plus à votre cœur, celui des Rhapsodies hongroises ou des Harmonies poétiques et religieuses ?

Mon œuvre favorite est sans aucune hésitation la Sonate en si mineur. Si on la joue comme il le faudrait, elle ne doit durer qu’environ 25 minutes et non 40 comme trop souvent, ce qui fait que le public a tendance à considérer que c’est une œuvre informe, trop expansive, trop virtuose, incompréhensible... Même Clara Schumann ne l’avait pas bien comprise, alors que c’est un chef d’œuvre unique dans l’univers de la sonate ! Un peu, toutes proportions gardées, comme la musique de Wagner. C’est un monde en soi. De tout mon répertoire c’est mon œuvre préférée. C’est de la philosophie. Elle se lit comme un livre et, si vous la comprenez, vous voyez la vie d’une façon différente. Plus je la joue et plus je m’en pénètre. Elle n’a rien du caractère faustien ou méphistophélique qu’on lui prête à tort !

 

Comment une jeune artiste, aussi profonde soit-elle, peut-elle parvenir à faire entendre sa voix dans la foule des interprètes du circuit ?

Je ne crains pas la concurrence mais je n’ai jamais non plus réfléchi à la manière dont je devrais me différencier. Mon professeur en Géorgie, Natalia Natsvlishvili, m’a prise en mains lorsque je n’avais que 6 ans. Elle a joué un rôle essentiel dans mon développement. Elle m’a appris à aller en profondeur dans la musique, à ne jamais trahir la partition où tout est dit, en un mot à ne jamais faire de « show off » ou en rajouter dans la musicalité. En particulier dans Liszt, qui a écrit si clairement ses intentions, il suffit de suivre ce chemin pour marquer sa différence. Je ne suis qu’un medium entre le compositeur et le public. Sur scène, ce qui important c’est la musique. Mon ego n’a rien à y faire.

 

 

Peut-on vous demander quels sont les musiciens qu’une jeune femme enquête d’authenticité admire le plus ?

Mon professeur, Natalia, est la seule personne que j’admire vraiment. N’y voyez aucune prétention. Quand j’entends d’autres musiciens il m’arrive d’être tout à fait captivée par certains aspects de leur jeu mais cela vaut rarement pour la totalité de l’interprétation. Je sens que je pourrais prendre des choses très intéressantes chez beaucoup mais je n’ai aucune idole… en dehors de Franz Liszt, sans doute, si j’avais eu le bonheur de le connaître !

 

Ne craignez-vous pas d’être un peu rapidement étiquetée comme une spécialiste du Hongrois ?

Depuis le concours je le suis déjà ! Toutes les salles de concert qui m’invitent me demandent de jouer Liszt, ce que je fais d’ailleurs avec plaisir et ce qui me permet d’agrandir mon répertoire lisztien, de la même façon que je développe ma connaissance d’autres compositeurs.

 

La critique, très élogieuse à votre endroit, a tendance à vous caractériser comme « pétrie de sagesse objective » ou encore « habitée de sombre poésie ». Y aurait-il un côté sombre chez la jeune femme pleine de vie que vous êtes ?

Je suis du signe des Gémeaux et je crois dans les horoscopes ! Oui, il y a un côté sombre en moi. Je suis, comme chacun, ambivalente, ce qui est bien… ou l’est moins selon la manière dont cela interfère avec les autres aspects de ma vie !

 

Propos recueillis par Yves Kerbiriou